Le 28 septembre 2026, s’est tenue une session des rendez-vous de FHF HAD, le comité dédié à l’Hospitalisation à Domicile (HAD) publique au sein de la Fédération Hospitalière de France (FHF).
L’occasion de faire le tour d’exemples européens de fonctionnement de HAD, véritable source d’inspiration pour notre fonctionnement français.
Trois pays ont été mis en évidence, avec des projets similaires pilotes en France :
1. Au Royaume-Uni : L’intervention d’urgence pré-hospitalière (Hospital at Home / Virtual Ward)
- Ce qui est fait concrètement : Au lieu d’admettre un patient âgé fragile qui chute ou fait une crise aiguë (ex: pneumonie, infection urinaire grave, décompensation cardiaque) aux urgences de l’hôpital, une équipe mobile rapide (composée d’un médecin et d’une infirmière avancée) se déplace directement au domicile ou dans la structure d’hébergement.
- La pratique médicale : L’équipe réalise sur place des actes diagnostiques et thérapeutiques lourds qui nécessiteraient normalement un lit d’hôpital : biologie sanguine instantanée, perfusion d’antibiotiques par voie intraveineuse, oxygénothérapie, mise en place de sondes ou aérosols thérapeutiques.
- Le cas français miroir (Urj’Adom dans les Hauts-de-Seine) : Une équipe conjointe avec le SAMU 92 intervient au domicile pour stabiliser le patient âgé, évitant ainsi l’encombrement des urgences et l’hospitalisation complète.
Du modèle britannique (H@H) à la généralisation des « Urgences à Domicile »
- L’extrapolation en France : La généralisation de structures comme Urj’Adom (expérimentée par l’AP-HP et le SAMU 92) pourrait transformer le rôle des SAMU-Centres 15. Face à la saturation chronique des services d’urgences, le Centre 15 disposerait d’une option d’orientation directe « HAD d’urgence » pour les patients âgés fragiles ou les polypathologiques chroniques.
- Le cas concret sur le terrain : Au lieu d’envoyer systématiquement une ambulance aux urgences pour une suspicion de pneumonie ou de décompensation cardiaque légère chez une personne de 85 ans, le régulateur déclencherait une équipe mobile conjointe (médecin urgentiste/HAD + infirmière avancée). Celle-ci se rendrait au domicile avec un mini-laboratoire portable (biologie instantanée), de l’oxygénothérapie et des traitements intraveineux, court-circuitant totalement l’hospitalisation complète et préservant les repères du patient.
2. En Espagne (Barcelone) : La haute technicité et la surveillance connectée
- Ce qui est fait concrètement : L’unité HAD de l’Hôpital Clínic de Barcelone prend en charge des patients atteints de pathologies extrêmement lourdes qui, en France, restent très majoritairement confinés dans les services de pointe de l’hôpital (MCO).
- La pratique médicale : L’équipe gère des patients en post-transplantation d’organe solide (suivi immédiat après une greffe), des poses de valves cardiaques, ou encore des traitements complexes d’infections nosocomiales et de germes multirésistants.
- L’outil concret : Chaque patient reçoit une tablette numérique connectée sur laquelle il saisit quotidiennement ses paramètres vitaux (tension, niveau de douleur, constantes). Les données remontent en temps réel à l’équipe médicale (internistes et gériatres) pour déclencher une intervention immédiate en cas de signal d’alerte.
Du modèle espagnol (Barcelone) à l’extension des soins hyper-techniques à domicile
- L’extrapolation en France : L’HAD française (historiquement très centrée sur les soins palliatifs et les pansements complexes) pourrait intégrer massivement des parcours de surspécialité chirurgicale et médicale lourde, s’alignant sur le modèle barcelonais.
- Le cas concret sur le terrain : Les services de pointe des CHU (transplantation d’organes, cardiologie interventionnelle) ne garderaient plus les patients alités pour la surveillance des suites immédiates de greffes ou de poses de valves complexes. Grâce à la télésurveillance médicale active (via des tablettes ou des capteurs connectés distribués à l’admission) couplée à des passages infirmiers quotidiens, le patient sortirait de l’hôpital dès les premiers jours, ses paramètres vitaux (tension, saturation, alertes de rejet ou d’infection) étant monitorés en temps réel par les équipes de l’HAD.
3. En Suisse (Genève) : Le maillage territorial de proximité (IMAD)
- Le mécanisme concret : Des infirmières de liaison positionnées dès l’hôpital orchestrent la transition, relayées sur le terrain par des équipes pluridisciplinaires coordonnées au millimètre avec le médecin traitant de ville.
- Ce qui est fait concrètement : L’institution genevoise déploie une organisation massive et décentralisée (via 41 antennes de proximité) pour assurer la continuité des soins complexes 24h/24 et 7j/7 sans passer par la case « hospitalisation longue ».
- La pratique médicale : Le principe appliqué est que tout acte ne nécessitant pas une présence médicale ou de soins continus minute par minute à l’hôpital peut être basculé en HAD (oncologie, pédiatrie, soins palliatifs, santé mentale).
Du modèle genevois (IMAD) à la structuration d’une filière territoriale unifiée
- L’extrapolation en France : Pour répondre à l’objectif de « faire passer l’HAD à l’échelle », les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) français pourraient fusionner leur vision avec le modèle suisse de proximité : créer de véritables guichets territoriaux uniques et décloisonnés entre l’hôpital, la ville et le médico-social (EHPAD).
- Le cas concret sur le terrain : Un médecin traitant ou un médecin coordonnateur d’EHPAD disposerait d’un numéro d’appel unique et fluide (à l’image de l’initiative du CH de Crest) pour déclencher une prise en charge HAD polyvalente en quelques heures. Des infirmières de liaison du GHT planifieraient le parcours 24h/24 et 7j/7, coordonnant directement les kinésithérapeutes, les aides-soignants et le médecin de ville pour maintenir le patient chez lui, qu’il s’agisse de gériatrie, de pédiatrie ou d’oncologie.